Le programme Boeing 777X traverse une nouvelle zone de turbulences. Au salon aéronautique de Farnborough, Emirates — premier client du futur long‑courrier américain — a annoncé qu’elle refusera la livraison de ses dix premiers 777X, estimant que ces appareils, construits depuis 2019, nécessitent désormais trop de modifications pour être exploitables.
Une prise de position rare, mais révélatrice de l’exaspération de la compagnie de Dubaï face à un programme qui accumule les retards depuis plus de sept ans. Selon les informations suivies par actu‑aero.fr, Emirates avait déjà prévenu Boeing que la dérive du calendrier menaçait sa stratégie de renouvellement de flotte. La déclaration de Sir Tim Clark marque un tournant : le premier lot de 777X ne rejoindra jamais la flotte d’Emirates.

Emirates 777x (777-9)
Emirates rejette le premier lot de 777X
Sir Tim Clark a confirmé que les dix premiers appareils nécessitent un « patchwork de modifications » pour être mis à niveau, au point de ne plus être considérés comme aptes à l’usage. « Nous ne prenons pas ce lot et c’est tout. Ce qu’ils en font, c’est leur affaire. », a-t-il déclaré à Farnborough, ajoutant que Boeing devra décider du sort de ces avions déjà assemblés et qui cherchent désormais un nouveau propriétaire, « Heinz serait intéressé — pour en faire des boîtes de haricots à la sauce tomate. ».
Ces appareils à 440 millions $ pièce, construits avant les dernières évolutions de conception, ne répondraient plus aux standards opérationnels exigés par Emirates, notamment en matière de performances, de systèmes et de configuration cabine.
Un programme en retard de plus de sept ans
Le 777X, dévoilé en 2013 et dont le premier vol remonte à 2020, a connu une succession de retards liés à des modifications structurelles majeures, à des problèmes de certification, à des ajustements sur le moteur GE9X, à un processus réglementaire renforcé après les crises du 737 MAX.
« J’ai embarqué sur le premier en 2019, qui était entièrement configuré à l’exception de nos cabines de première classe, et nous voilà en 2026. » a encore déclarer le PDG de la compagnie émiratie, « Cela fait maintenant sept ans. Nous ne les prendrons pas. ».
La FAA ne prévoit pas de certification avant 2027, voire 2028 selon certains opérateurs. Le constructeur américain a annoncé ce mardi avoir atteint la barre des 50% dans le processus de certification de l’appareil.
Emirates, qui a commandé 270 appareils, attendait initialement les premières livraisons en 2020.

Un impact direct sur la stratégie long‑courrier d’Emirates
La compagnie de Dubaï exploite aujourd’hui l’une des plus grandes flottes de Boeing 777‑300ER au monde. Le 777‑9 devait progressivement remplacer ces appareils et accompagner la croissance du réseau long‑courrier, notamment vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord.
Le refus de ce premier lot complique la planification de flotte d’Emirates, qui doit désormais prolonger l’exploitation de ses 777‑300ER et s’appuyer davantage sur l’A350‑900 et l’A380 pour absorber la demande.
Boeing sous pression
Cette décision intervient dans un contexte délicat pour Boeing, déjà confronté à des retards persistants sur le 737 MAX, des difficultés de production sur le 787, une pression accrue des compagnies sur la fiabilité des calendriers de livraison.
Le 777X, censé devenir le nouveau pilier du long‑courrier de Boeing, voit son calendrier une nouvelle fois fragilisé par la position d’Emirates, son client le plus stratégique.
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